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Les acteurs de l’obstacle Chapitre 2: les propriétaires

Deuxième maillon de la chaîne et pas des moindres, le propriétaire fait l’intermédiaire entre l’éleveur et l’entraîneur. Maillon indispensable, en obstacle il n’est pas rare de voir une même personne assumer les deux statuts. Toujours est-il que le travail effectué n’est pas le même, et bien des fois son implication dans l’élevage est moins importante que la représentation et le commerce dont il incombe dans sa tâche de propriétaire.

Les deux spécialités sont indissociables dans leur nature autant qu’elles s’opposent dans leur application. Focus donc sur ceux qui exercent un métier à part entière et qui ont à cœur de faire briller leur couleur au plus haut niveau.

LA FAMILLE PAPOT

Né de parents imprimeurs, c’est grâce à sa maman que la famille a connu une première expérience dans les courses, grâce à une promesse concrétisée, celle de confier le premier cheval familial à un jeune entraîneur débutant.

David Cottin à gauche, Xavier Papot au centre et Jacques Ortet à droite dans le rond palois

Investisseurs dans plusieurs domaines, ce sont les courses qui permettent une évasion totale.
Située dans l’Ouest de la France, terre des courses, la famille a pendant de longues années investi dans les chevaux avant de percer le haut du tableau des propriétaires.

C’est dans l’anonymat que les Papot ont débutés, le temps de comprendre ce milieu si complexe et d’apprendre la marche à suivre pour fournir des champions.

Cette marche à suivre viendra d’un homme en particulier; Benoit Gabeur. Ami de la famille, vétérinaire et éleveur à succès, l’idée donnée est d’acheter des chevaux pratiquement au berceau, lorsqu’ils sont encore dans les pâtures d’élevage.
Il faut alors miser sur les bonnes souches, les chevaux qui ont du « papier » comme on dit dans le jargon, autrement dit des descendances qui ont de qui tenir. Tout ceci ajouté à de jeunes sujets qui paraissent dès leur jeune âge en bonne santé et bien droits dans leurs aplombs.

C’est alors le décollage de la casaque vers les sommets.
Quelques années plus tard, parce qu’il faut bien laisser au processus naturel le temps de s’exprimer, les premiers gagnants parisiens apparaissent. Puis, ils font confiance aux meilleurs entraîneurs, tels que Jacques Ortet, Guillaume Macaire ou Dominique Bressou, entre autres.

C’est ainsi que le nom Papot prend place à partir de 2006 dans le top 10 du classement des propriétaires pour en être tête de liste 3 ans plus tard. D’ailleurs il le restera jusqu’à ce jour, à l’exception de l’année 2011 (2e).

Parmi les chevaux qui ont marqué l’histoire de la casaque, on peut noter Sel Jem, lauréat du Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I 2022 et Galop Marin, vainqueur du Grand Prix d’Automne Gr.I à 4 reprises, malheureusement décédé depuis.

Bel La Vie a marqué la casaque bleue et verte à carreaux en remportant le Grand Steeple en 2013 pour un certain Guillaume Macaire. Rubi Ball a été le premier cheval à offrir un Groupe 1 à la famille en remportant l’édition 2019 du Prix Ferdinand Dufaure sous l’entraînement de Jacques Ortet et remportera par la suite deux Haye Jousselin Gr.I

Le temps, les rencontres, l’apprentissage, tout cela aura pris quelques années de construction. Mais aujourd’hui c’est un travail qui paye et et une patience récompensée pour la famille qui brille désormais au plus haut niveau.
Et la succession dans tout ça ? Un jour sûrement car lorsque l’on voit Xavier Papot aller et venir dans les allées d’Auteuil avec ses enfants, on se dit que la casaque à losange a encore de belles heures devant elle !

ROBERT FOUGEDOIRE

Lorsque l’on cherche à retracer la carrière de propriétaire de Robert Fougedoire, on comprend vite que le frère de The Fellow, Al Capone II, a marqué cette casaque de la plus grosse empreinte qu’il soit.

De gauche à droite; Jean-Yves Beaurain, Bernard Secly et Robert Fougedoire

Associé aux meilleurs entraîneurs, il a été côté élevage, un fervent supporter de l’AQPS, les chevaux Autres Que Pur-Sang, en travaillant notamment avec Jacques Cyprès. Il confiait lors de l’interview, à la suite de la victoire de son champion dans le Prix de la Haie Jousselin Gr.I en 1996, que son seul secret était « avoir des éleveurs de classe, de qualité et des entraîneurs de grande qualité ».

C’est ainsi qu’il compte tout au long de sa carrière, parmi ses entraîneurs merveilleux, Jean Doumen, qui lui conseillera d’acquérir Al Capone II, mais aussi Bernard Sécly, l’entraîneur qui a façonné Al Capone II, et plus tard Guillaume Macaire avec qui il enrichira son palmarès en gagnant le Grand Prix de Merano Gr.I, grâce à Rigoureux, un cheval qui entrera dans la légende puisqu’il sera, à l’âge de 12 ans, le plus vieux cheval à gagner cette compétition.

Déjà, il avait remporté en 1987 le King Georges VI Chase Gr.I avec Nupsala, qui terminait deux fois deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I, en 1986 et 1988 sous l’entraînement de François Doumen. Il participait ainsi au succès de l’élevage de la famille Cyprès aussi bien qu’à la démocratisation de l’AQPS.

Il connaîtra de belles heures, que ce soit avec les Pur-Sang ou les « AQ » comme on aime en faire l’abréviation, mais toujours est-il que la casaque aura été sublime par l’homme, le personnage qui était derrière, passionné et heureux autant sur les petits champs de courses de l’Allier que sur le temple de l’obstacle.
D’ailleurs la carrière de propriétaire se terminera sur une belle note avec une dernière victoire grâce à Vivalko, à Toulouse le 7 juin 2015 après 3 générations de Fougedoire.

MAGALEN BRYANT: la dame au chapeau rouge

Décédée le 27 juin 2021, le monde des courses a rendu un hommage unanime à Magalen Bryant, grande dame des courses, passionnée et amoureuse de l’obstacle. Ultra populaire, cette ancienne amatrice de Point to Point a créé son écurie d’obstacle en France à la fin des années 1999 pour devenir deux ans plus tard tête de liste des propriétaires.

Magalen Bryant toujours avec la joie de vivre

En un peu moins de 22 ans, la dame au chapeau rouge a connu bien des succès, grâce à une stratégie d’élevage et d’achat de chevaux avec la qualité comme mot d’ordre.

Travaillant avec les meilleurs entraîneurs, en passant de Jacques Ortet à David Cottin, sans oublier Dominique Bressou qui lui offrira son premier Grand Steeple, Guillaume Macaire qui lui en off

rira deux autres, Marcel Rolland, Arnaud Chaille-Chaille, Guy Cherel…

De cette stratégie, il en sortira un cheval dont personne ne veut, mais qui va se révéler excellente productrice ; Westonne. Elle produira So French, Whetstone et Device qui brilleront tous au plus haut niveau dont le Grand Steeple pour So French, un Prix Ferdinand Dufaure Gr.I pour sa sœur mais aussi une deuxième place dans le Grand Prix d’Automne Gr.I pour son frère.

Milord Thomas lui offrira son premier Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I en 2015, puis So French les deux années suivantes. Polyponder et Paddle seront les premiers chevaux à être entraînés pour la casaque en France par Jacky Cunnington, un entraîneur anglais installé à Chantilly.

Latran sera le premier cheval marquant de la casaque, gagnant à Pau pour ses débuts pour Jacques Ortet et deuxième de Saint Réalise, un compagnon de casaque, dans le Prix Fleuret Gr.III en 2001.
Son fils Laterano marquera la casaque, vainqueur de Groupe 2 et deuxième du Prix Ferdinand Dufaure Gr.I.
Blue Dragon, lauréat de Groupe 1, sera l’un des chevaux préférés de la propriétaire à succès. Véritable amoureuse des courses, elle se déplacera jusqu’à Pau pour aller voir son champion de cross Uroquois triompher et signer un doublé dans l’épreuve.

Lorsque Magalen décède à l’âge de 92 ans, sa casaque continue de briller sur les hippodromes. Peu à peu les intérêts dans les courses vont s’estomper et l’activité d’élevage en France va cesser, laissant place à une représentation uniquement en tant que propriétaire.

LA FAMILLE DÉTRÉ

C’est en 1970 que Jacques Détré, alors âgé de 15 ans, découvre les courses ou plutôt le cheval de course, le Pur-Sang, en montant chez Henri de Lotherie, un permis d’entraîner.
De l’expérience du matin, il voudra connaître plus de sensations, alors c’est l’après-midi, en courses, avec une licence d’amateur qu’il va tenter de s’illustrer.
Mais se considérant mauvais, il va peu à peu se tourner vers le propriétariat. Une longue route commence alors !

Jacques et Patrice après la première victoire de Groupe de Patrice

Il va falloir attendre 20 ans depuis ses premiers pas dans le milieu pour connaître une première victoire de ce qui va devenir une casaque de premier plan. Et c’est Messager d’Albert qui va lui offrir, sous l’entraînement de Guillaume Macaire.
Guillaume Macaire d’ailleurs. Les deux hommes se rencontrent lorsque Jacques ne possède que de petites parts à ses débuts, uniquement dans des chevaux qui courent sous les couleurs de ses associés.

Mais celui qui va devenir le numéro un pendant plus de quinze années d’affilée l’intrigue, sa façon de faire est parfois décriée, mais directement, avec Jacques le courant passe. C’est même une révélation.
Alors lorsque Guillaume déménage son effectif à Royan, Jacques lui envoie des chevaux. Parmi eux se trouvera Messager d’Albret, qui sera façonné selon la méthode du maître entraîneur pour offrir la première victoire à la casaque rayée rouge et grise.

Peu à peu le succès s’enclenche, tant pour l’entraîneur désormais royannais que pour le propriétaire fidèle, en toute logique.
Ainsi au début des années 2000, il acquiert Saint des Saints, un mâle qui sort tout droit de l’élevage du Haras de Saint-Voir, celui même dont on a évoqué la qualité la semaine dernière !
Sous l’entraînement de Guillaume Macaire il va courir à 14 reprises, victorieux pour moitié et ne dépassera jamais la 4e place, performance établie lors de sa dernière course dans le Prix Renaud du Vivier Gr.I.
Du reste il remportera 4 courses de Groupe avant de devenir un étalon hors normes affichant plus de 34 millions de gains grâce à ses rejetons, allocations et primes comprises!

Depuis bien des chevaux sont passés sous les couleurs de la casaque; Santa Bamba, la première à offrir une victoire de Groupe à son père Saint des Saints, Mon Pilou, Edgeoy, Figuero, De Bon Coeur évidemment, Bipolaire qui a apporté une dixième victoire de Groupe 1 à son propriétaire le 6 novembre 2017…

Peu à peu le propriétaire est également devenu éleveur. Comme le veut l’appellation, c’est un éleveur sans sol, il fait donc élever chez trois éleveurs différents, dont Nicolas de Lageneste ! Ainsi Synaptique va lui offrir son premier succès black type en tant qu’éleveur-propriétaire.


La réussite donc en obstacle mais également en plat avec Vision d’Etat qui lui a offert le Prix du Jockey Club Gr.I en étant invaincu depuis ses débuts en 5 sorties, lui qui, à 4 ans, offrira à ses propriétaires le Prix Ganay Gr.I avant de remporter les Prince of Wale’s Stakes Gr.I durant le meeting d’Ascot.
Au total ce sera pas moins de 10 victoires en 17 sorties dont 4 Groupe 1! Il deviendra à la suite de sa carrière de course un excellent reproducteur, boudé au départ notamment à cause de son physique, il va être mis en lumière par sa fille, crack d’Auteuil, De Bon Coeur!

Depuis 2013, son fils Patrice a également pris ses couleurs, les mêmes que Jacques a une différence: la toque noire. On ne peut pas encore parler de passage de témoin mais c’est un investissement familial désormais qui intéresse Jacques Détré qui ne donne pas l’impression pour l’instant de vouloir se retirer des courses, au contraire…

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