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Les acteurs de l’obstacle Chapitre 1: les éleveurs

Retour en obstacle !

Pour ce mois d’octobre, l’obstacle est à l’honneur avec la présentation d’une sélection d’acteurs qui ont marqué la discipline, ainsi que leurs chevaux qui leur ont permis de briller, car c’est bien connu, ce sont les chevaux qui font les hommes et non l’inverse !
Éleveurs, propriétaires, entraîneurs et jockeys, focus sur ceux qui ont su s’adapter, se réinventer pour certains, innover pour d’autres, mais ont su briller au final !

On débute dans l’ordre des nominations donc, avec quatre éleveurs qui ont fait, ou font encore, les grandes heures de l’obstacle, dans ce métier qui constitue la base de toute la filière.

LE COMTE DE MONTESSON

Le Comte Pierre de Montesson est une figure de l’élevage, également propriétaire, il a su briller aussi bien en trot qu’au galop, et fut également l’un des dirigeants ayant marqué positivement les courses françaises dans leur globalité.
Autant la finalité de son travail en tant que propriétaire a rayonné à plusieurs reprises dans les plus prestigieuses compétitions en obstacle, autant son empreinte dans les courses d’obstacle en créant la génération de « K » est immense et se révèle encore peut-être plus remarquable puisqu’il est à l’origine de ses victoires et influencera à jamais les courants de l’élevage français en obstacle.

Pierre de Montesson

Lorsque Jour de Galop considère qu’il a créé « la plus belle souche d’obstacle au monde », on comprend mieux l’ampleur de cet homme qui a brillé dans les trois disciplines, Président du Cheval Français de 1986 à 1994 mais aussi créateur du haras des Coudraies. Co-propriétaire d’Ourasi, quatre fois vainqueur du Prix d’Amérique Gr.I, et propriétaire de Une de Mai, deuxième du Prix d’Amérique et lauréate à plusieurs reprises de Groupes 1 en France comme à l’étranger, il prouvera sa qualité d’homme de cheval.

Pour revenir à l’obstacle, il élèvera Kotkie (1977), une jument vainqueur pour ses deux premières sorties à Auteuil qui se révélera une productrice exceptionnelle. Elle produira son premier poulain nommé Katko, trois fois vainqueur du Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I, pour la casaque du Comte. Il remportera également à une reprise le Prix de la Haie Jousselin Gr.I.
Elle produira quelques années plus tard Kotkijet, acheté par la famille Wildenstein et Dubois pour qui il remportera deux « Grand Steeple ».
De cette souche des « K », on notera également deux cousins, Kotkikova et Kobrouk, respectivement 1er et 2e du Prix Ferdinand Dufaure Gr.I.
Avant ceux-là, il remportera déjà le Prix Cambacérès Gr.I en 1984 avec Cokeland ou le Grand Prix d’Automne en 1988 avec Rêve Bleu.
Très recherchée, la génération des « K » du Comte de Montesson est une chasse bien gardée, jalousement conservée et exportée au minimum. Cet homme qui considérera ce qu’il a créé comme un joyau tenait à garder près de lui ses meilleurs éléments et profiter de ce qu’il a pu façonner, non sans se rappeler de cette chance d’avoir eu cette carrière.

Incontestablement, sa casaque aura marqué l’histoire de l’obstacle.
À sa mort, beaucoup en feront des éloges comme Bernard Secly ou Jean-Paul Gallorini.
Il s’éteindra la semaine suivant la victoire de Kotkikova, un énième phénomène de la discipline, dans le Prix Ferdinand Dufaure Gr.I

NICOLAS DE LAGENESTE

On connaît tous la fameuse expression « on ne peut pas être au four et au moulin »
Demandez plutôt à Nicolas de Lageneste !
Personnage discret des courses, c’est un Éleveur – Propriétaire – Entraîneur accompli qui multiplie les tâches.

Nicolas de Lageneste

Sous le nom du Haras de Saint-Voir se cache Nicolas de Lageneste, ancien gentleman, qui a repris au début des années 90 l’élevage centenaire. Avec un élevage ancré, Nicolas de Lageneste sait perpétuer le savoir-faire familial tout en innovant et en se tournant vers l’ouverture de son élevage afin de faire fructifier ce travail de longue haleine.

De cette initiative vient également la diversification avec les AQPS devenant en 2015 le « Meilleur éleveur AQPS de l’année ».
Éleveur depuis 1991, il est propriétaire depuis 1993.
Présent dans le top 10 du classement des propriétaires depuis 2009, il doit sa réussite grâce à un modèle d’association sur les chevaux de son élevage.

À l’élevage, numéro 1 depuis 2008 au nombre de victoires et top 3 aux gains, il doit cette réussite dans les rangs des propriétaires grâce à son travail d’élevage où il finira tête de liste à plusieurs reprises. Ainsi, ses « couleurs » ne brillent pas en tant que tel sur les hippodromes, mais il est bel et bien co-propriétaire de bon nombre de chevaux qui ont marqué l’histoire des courses d’obstacle ces dernières années. Et c’est bien ce qui lui permet d’être représenté depuis tant de temps en haut du classement des propriétaires et ceux grâce à bon nombre de chevaux qu’il a élevé.

Parmi les chevaux marquants, Homme du Jour, vainqueur du Prix Renaud du Vivier, Gr.I, en 1999.
Saint des Saints qui sera élevé au haras et passera sous la casaque Détré. Il se révèlera être un excellent étalon après une belle carrière de courses comptant 7 victoires en 14 sorties. Puis, Œil du Maître, vainqueur en 2008 de la Grande Course de Haies d’Auteuil Gr.I.
De Bon Cœur, élevée et en propriété à 50% avec Jacques Détré, gagnante du Prix Cambacérès Gr.I, du Prix Renaud du Vivier Gr.I, ainsi que la Grande Course de Haies d’Auteuil Gr.I.
Suivra ensuite Général en Chef qui se classera 4e de l’édition 2021 du Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I.
Enfin, tout récemment, Il Est Français, qui sera au début de sa carrière sous la casaque et l’entraînement de Nicolas va remporter le Prix Renaud du Vivier Gr.I, désormais sous l’entraînement Georges & Zetterholm.

C’est donc bien un tout qui, de l’élevage à la propriété, en passant par l’entraînement (depuis 2016), qui permet à Nicolas de Lageneste et plus généralement au Haras de Saint-Voir de truster les premières places au classement des propriétaires depuis bien longtemps maintenant, l’élevage au départ de toute cette réussite.

BENOIT GABEUR

Éleveur – Propriétaire, Benoit Gabeur a entre 2013 et 2018 remporté 4 éditions du Grand Steeple-Chase des Paris Gr.I; Bel la Vie pour commencer, puis un doublé du regretté So French et enfin On The Go.
D’ailleurs tous ont eu la particularité, d’être entraînés par Guillaume Macaire, l’homme au 7 Grand Steeple-Chase de Paris.

Benoit Gabeur

Les deux professionnels sont amis de longue date. À l’époque, plus de 30 ans en arrière, l’un est vétérinaire et se trouve aux prémices de son entreprise d’élevage, l’autre débute sa carrière d’entraîneur. Ainsi ils vont gravir les échelons et le vétérinaire passionné de course deviendra éleveur accompli, lui qui définit la réussite de son élevage par le naturel et la rusticité, déclarant à que « l’élevage c’est un seau de grain et un seau d’eau, assortis d’une prairie » avant de préciser que chez lui les chevaux vivent au pré pratiquement tout au long de l’année. La recette miracle serait donc d’élever dans la plus grande simplicité.

C’est ainsi qu’il élève Long Run qui va lui offrir la Gold Cup en 2011 !
Master Minded également lui offrira huit Groupes 1 outre-manche, dont deux Queen Mother Champion Chases.
Éleveur de So French, mais également de sa mère Westonne et de ses frères et sœurs dont Device et Whetstone qui vont courir sous les couleurs de Magalen Bryant, Benoît Gabeur cherche dans les croisements l’harmonie, une énergie dans la façon de galoper, une locomotion qui permette au cheval de déployer de longues foulées.
Le vétérinaire innove également dans ses choix, sait se montrer patient, mais les succès arrivent en masse, rapidement et de toutes les destinations.

Ainsi, en plus de ses victoires déjà citées, on peut noter deux victoires dans les King Georges VI Chase et deux Prix Maurice Gillois Gr.I, qui est le Grand steeple des 4 ans à l’automne.
En plus de sa vision, son secret tient aussi dans le choix de bons entraîneurs. Ce qui tombe bien, puisqu’il est ami avec l’un des meilleurs entraîneurs de l’histoire de l’obstacle, certainement le meilleur de sa génération et étrangement ils ont la même vision sur la définition de l’efficacité d’un cheval d’obstacle. Chez Guillaume, l’idée de Benoît sonne comme une évidence, lui qui ne cesse de répéter que « le vainqueur d’une course d’obstacle n’est pas le meilleur cheval, mais celui qui passe le poteau en étant le moins fatigué »

Ainsi la pensée selon laquelle les chevaux doivent couvrir du terrain avec efficacité et sans effort est donc accordée et ainsi pratiquement tous les chevaux cités plus haut viennent de l’association Gabeur – Macaire.

Benoit Gabeur aura donc eu un métier, celui d’être vétérinaire, et une passion, celui de l’élevage. Un élevage réfléchi, parfois en allant chercher de nouvelles souches, des nouveaux courants de sang, mais toujours avec une idée bien établie et un but précis, celui de faire naître des chevaux taillés pour les longs efforts.

FAMILLE CYPRÈS

Thierry et Jacques, deux frères, enfants de la balle, sont nés et ont grandi dans l’élevage familial. Chez les Cyprès, la coutume est de recevoir un cheval de l’élevage pour ses 18 ans. Pour Thierry, ce sera Queensland IV, qui possède les papiers de toute une famille d’AQPS renommée. Elle va devenir « une poulinière hors norme » de la bouche même de Thierry, qui est aujourd’hui l’arrière-grand-mère d’un certain Figuero. Jacques choisira Kerguelen, une jument qui va donner Pasiphae, sa jument de base qui produira 8 gagnants différents. En 2007, les deux frères séparent leur élevage, autrefois associés au sein d’un GAEC mêlant vache et chevaux. Thierry va ainsi prendre son envol.

Les frères Cyprès

Mais avant de continuer, il faut revenir au grand-père, Pierre Cyprès, pour comprendre la réussite de toute une famille. Ainsi Pierre détenait déjà dans les années 1920 les premières juments AQPS reprises par Bernard, le père de Jacques et Thierry.
Bénéficiant de terres exceptionnelles grâce à l’aide de mère nature qui inonde les champs en hiver, lors des crues, et crée un dépôt d’alluvions permettant une qualité exceptionnelle de l’herbage. C’est aussi un élevage atypique, puisqu’ils élèvent avec des vaches, ce qui se révèle complémentaire dans la gestion des pâturages et leur bonne santé.

Côté courses c’est Nupsala qui va faire briller l’élevage Cyprès et va propulser la famille sur le devant de la scène, lorsqu’en 1987 le hongre de 8 ans va battre sur ses terres Desert Orchid dans les King Georges Gr.I, ce qui va déclencher outre-manche mais en France également un intérêt certain pour l’AQPS. Jean-Paul Gallorini, Marcel Rolland en France et à coup de grosses importations en Angleterre, l’AQPS est donc propulsé en première ligne. Marié à Andrée Couetil, elle-même fille d’un grand éleveur d’AQPS, la connection avec les deux familles va s’opérer et permettra dès 1985 d’amener de nouvelles souches.
L’année suivante du triomphe de Nupsala naîtra un certain Al Capone II, issu de l’excellente association de L’Oranaise et Italic, le même croisement que The Fellow !

Plus récemment, sortira de l’élevage Gex, deux fois deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris et en association avec la famille Couetil, Ébonite, Enjeu d’Arthel ou encore Bipolaire…

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