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Du lad au jockey

Pour ce dernier mois de l’année 2024, on vous amène à la découverte d’une vie d’écurie. Du réveil des lads à ceux des chevaux, jusqu’au jour de gloire; le triomphe sur la piste ! Rien ne sera laissé au hasard, tiré de faits transcrivant le réel d’une vie d’écurie, plongez dans ce nouveau format et découvrez le fonctionnement quotidien d’une écurie de courses.

Chapitre 2

7h15. Il est l’heure pour les uns de finir leurs corvées, les autres leur pause, souvent synonyme de petit-déjeuner, voire premier repas, pour ceux dont le métier se cantonne au travail du matin. Toute l’équipe se prépare et traverse le petit barn qui mène à la sellerie. Les chevaux ont tous ou presque la tête dehors pour voir passer la délégation. Généralement, ce barn abrite les poulains, et les employés s’en amusent bien en voyant ces petites têtes ressortir, la crinière pleine de paille, la tête parsemée de poussière, et à leur passage, entendre des hennissements dans les boxes de ces poulains pleins de vie. Un vent de fraîcheur souffle à ce moment dans la compagnie, qui, avant d’être des collègues de travail, devient avec la force du temps et les épreuves qui les lient, un groupe de camaraderie, avant une bonne matinée de travail qui les attend.

Une fois arrivée dans la sellerie, l’ambiance se raidit drastiquement. La deuxième course commence, celle où l’on regarde la liste pour connaître les lots de la matinée, celle où l’on récupère les artifices et protections nécessaires pour chaque cheval, celle où l’on prend connaissance des couvertures, imperméables, ou autres couvre-reins en jute à mettre afin de protéger les chevaux du froid et des intempéries. C’est aussi le moment pour les « jockeys du matin » de mettre leurs protections, en l’occurrence un casque et un gilet, et de bien se couvrir la plupart de l’année, du moins pour les premiers lots*. En cette période de printemps, le début de matinée est souvent frais, mais rapidement les chevaux sortiront sans rien, dès que le soleil sera sorti et la température aura un peu remonté. Tout le monde prend donc ses affaires et se dirige vers le box de leur premier compagnon de travail.

Ainsi, il faut attraper son cheval, bien dans des écuries l’attacher, avant d’enlever les éventuels crottins et de remettre de l’ordre afin de refaire un box en bateau*. Une fois cette première tâche effectuée, on découvre son cheval, à qui on avait mis une fine couverture afin de s’assurer qu’il n’ait pas froid durant la nuit. Ensuite, il faut le brosser; le corps, la crinière, la queue, lui curer les pieds en vérifiant par la même occasion l’état de ses fers, lui éponger la tête et le nez* avant de l’harnacher. Tout d’abord, on place un tapis plus ou moins épais (une sorte de petite serviette de bain) avant de rajouter un petit tapis de mousse, une fine couverture qui va couvrir tout le long de son dos, puis une selle, légère et plate. Le tout sera fixé par une sangle élastique qui permet le mouvement du cheval sans gêne, autant dans sa locomotion que dans sa fonction respiratoire et de confort. Tout est fait pour l’athlète, qui reste en premier le cheval ! On vient ensuite lui mettre le mors le plus simple du monde avant de sortir.

L’opération est minutée, comme toutes les tâches dans le monde des courses. Quinze minutes normalement. Mais entre le lad de 35 ans, d’un mètre soixante-quinze, et vingt années d’expérience, et le jeune apprenti de 16 ans, un mètre cinquante-trois et une année dans l’impitoyable monde des courses, la facilité d’exécution n’est pas la même.

Alors lorsque le jeune entend la cloche sonner, qui avertit qu’il faut sortir les chevaux alors qu’il n’a même pas encore mis le premier tapis sur son cheval et qu’il entend les sabots des chevaux de ses collègues sortir, il faut dire que les choses vont très vite dans sa tête. Pour peu que l’équidé ne se montre pas pleinement opérant, surtout que le premier garçon est là pour vérifier si tout a été bien fait, et évidemment, c’est rarement une copie parfaite. D’ailleurs, le premier garçon qui attend pour mettre les « gars » à cheval s’impatiente déjà, il lance son premier « DEHOOOORRRSS »

Tant bien que mal, le jeune s’active, parvient à empiler les étapes, seller correctement et sortir non sans ses premières gouttes de sueur qui apparaissent sur son front. Il sort son cheval, passe l’examen du premier garçon qui grogne légèrement mais valide le travail dépêché du jeune homme avant de rejoindre les autres dans le paddock. Là tout le monde tourne en cercle en attendant les membres de l’équipe. D’ailleurs, on attendait que l’apprenti, et on va bientôt lui faire savoir qu’il doit être un peu plus rapide que cela…

7h33. C’est donc avec trois minutes de retard que tout le monde rejoint la piste. Avant cela, on fait un dernier appel dans le rond afin d’être sûr que personne ne manque. C’est en général une personne de confiance qui le fait, une personne qui connaît l’écurie et à qui le patron donne les pouvoirs lorsque le premier garçon n’est pas à cheval. Une fois cette dernière vérification faite, tout le monde passe au trot. On vérifie dans un sens puis dans l’autre qu’il n’y a pas de problème de locomotion pour tout le monde, puis on rejoint les pistes.

Pendant ce temps, le premier garçon s’attelle aux soins. Les chevaux en convalescence ont leurs soins quotidiens qui ont été dictés par le vétérinaire. Ceux dont on a décelé le matin même une douleur qui n’était pas présente la veille sont vérifiés, et les chevaux du deuxième lot sont amenés au marcheur* afin de commencer leur premier échauffement.

Entre temps, les cavaliers ont rejoint la piste d’entraînement au pas, les uns derrière les autres, les mâles devant, les hongres ensuite, les femelles enfin. Dans la contre-allée, dont on ne voit pas le bout avec cette brume encore assez dense, tout le monde se met au trot.

En guise d’échauffement un peu plus actif, les chevaux parcourent les 800 mètres de la contre-allée au petit trot avant de repasser au pas, se diriger dans leur rond au centre de l’hippodrome (chaque rond « appartient » à un entraîneur) où ils vont devoir écouter attentivement les ordres de travail du patron. Une fois le travail et le retour au calme effectués, tout le monde va revenir au pas, par les mêmes voies de circulation qu’à l’aller. Le jeune lad qui s’est rêvé en jockey le temps des deux canters en profite pour s’émerveiller de la beauté du paysage; la brume toute légère qu’il a traversée durant le travail a émoustiller son visage d’une légère brise, fait désormais place à un magnifique lever de soleil qui éclaire le ciel entre les arbres de la forêt. Il en profite pour immortaliser ce moment avec un cliché.

De retour à l’écurie les chevaux sont douchés avant d’être ramenés dans leur box respectif afin qu’ils puissent se reposer.

C’est à ce moment que le fait d’avoir entretenu le box avant de préparer son cheval prend tout son sens, lorsque l’on voit son équidé se rouler dans la paille fraîche et propre, débarrassée de tout crottin et assez remontée pour ne pas risquer de se blesser. Pendant ce temps, le lad plie ses affaires, nettoie l’abreuvoir, avant de passer un coup d’éponge mouillée sur la tête, les oreilles et le nez de son cheval. Lorsqu’il n’a pas été douché entièrement, il passe également un coup au niveau de la sangle afin d’éponger toute la transpiration occasionnée par l’effort. Il laisse ensuite son compagnon tranquille et se dirige vers le deuxième box de la matinée, qui abrite son deuxième cheval dont il va falloir répéter les opérations à la lettre et sortir cette fois-ci dans les temps. Il sera environ 9h lorsqu’il faudra sortir le deuxième lot.

Le maréchal-ferrant de l’écurie sera déjà en train de referrer les chevaux à sa liste du jour et le vétérinaire en train d’inspecter les nouveaux chevaux qui nécessitent un traitement, faire des radios pour un cheval boiteux, une prise de sang pour un autre qui est amorphe depuis le début de la matinée… bref, toute l’écurie grouille, un bal incessant d’hommes et de femmes qui s’affairent au bien-être des athlètes et dont chacun sait ce qu’il a à faire. C’est une musique bien rodée, qui s’active du lundi au samedi, et même souvent le dimanche, tout au long de l’année sans jamais discontinuer. La vie d’une écurie de courses.

À suivre…

*dans le jargon, un lot désigne un cheval, ou plutôt l’heure consacrée à un cheval précis.

*box en bateau: dans les courses, la façon de faire un box de paille est bien particulière. Il y a une couche assez importante de paille au sol et tous les côtés remontent le long du mur afin que le cheval, lorsqu’il se roule ne vienne pas cogner ses membres directement contre le mur, ainsi la paille amortie les chocs et il ne peut (normalement) pas se faire mal.

*synonyme d’élégance et de respect, le cheval est certainement le plus vieil ami de l’Homme. C’est d’ailleurs le seul animal dont on attribue les mêmes termes pour désigner les parties du corps que les humains.

*le marcheur permet aux chevaux d’être lâché librement dans un manège en forme de cercle qui tourne en rond. Ainsi les chevaux sont incités à marcher tant que les pales tournent, ce qui leur permet de s’échauffer librement et sans contrainte d’un cavalier.

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