Pour ce dernier mois de l’année 2024, on vous amène à la découverte d’une vie d’écurie. Du réveil des lads à ceux des chevaux, jusqu’au jour de gloire; le triomphe sur la piste ! Rien ne sera laissé au hasard, tiré de faits transcrivant le réel d’une vie d’écurie, plongez dans ce nouveau format et découvrez le fonctionnement quotidien d’une écurie de courses.

Chapitre 1
Il fait encore nuit noire quand le premier réveil sonne. Il est 5h00. Dehors, le calme règne. Seuls les projecteurs éclairent l’allée qui mène des bâtiments au parking. 5h05. 5h10. 5h15, dernier carat, c’est définitivement l’heure de se lever. Juste le temps de sauter du lit, se passer un peu d’eau fraîche sur la figure, quelques petits biscuits en guise de petit déjeuner, un verre de lait et il est déjà l’heure d’enfourcher son vélo pour rejoindre l’écurie.
Vêtu de longues bottes noires en cuir ciré, d’un breeches* mauve et d’une veste rouge, le lad rejoint à toute vitesse l’écurie située à un peu plus d’un kilomètre de sa modeste chambre d’apprenti. Il a de la chance, aujourd’hui il ne pleut pas, mais les fois où le ciel en décide autrement, ce court trajet est déjà une première épreuve. Il se dépêche car la course a déjà commencé. À l’écurie, le premier garçon* l’attend, lui tout comme le reste « des gars » comme on l’entend souvent dans le jargon. Mais l’apprenti, on ne lui fait pas de cadeau. Il doit faire ses preuves. Se montrer dur, faire ce qu’on lui dit et la première étape se passe à pied. Il boucle son trajet en à peine 3 minutes et le voilà arrivé à l’écurie. Il est 5h49 précisément. Le premier garçon est déjà là. Il donne aux chevaux les premières rations de la journée. Lui, est arrivé à l’écurie bien plus tôt. Le temps d’ouvrir l’écurie, faire la liste, vérifier les instructions laissées la veille, avant de prendre le chariot et attribuer les rations à chacun des 70 chevaux que compte l’écurie, dispersés entre les deux barns et la cour principale.
Ensuite, les apprentis arrivent, à pied ou à vélo généralement, puis c’est le bal des voitures des employés, bien plus rodés à l’exercice, qui arrivent pour 6h, heure d’embauche. À chacun sont attribués deux ou trois boxes qu’ils doivent curer pour le bien-être des chevaux. On appelle cela « faire les boxes ». Tous les deux jours, on enlève la paille souillée, pour en mettre une neuve. On racle le béton puis on le balaye pour enlever l’éventuelle fine couche de fiantes restantes. Les chevaux ont droit à un service cinq étoiles ! Pour cela, il faut attraper son cheval, ce qui n’est pas toujours une mince affaire avec ces animaux de sang. Puis les attacher au fond du box pour ne pas risquer de les échapper, ou qu’ils trouvent un moyen de se blesser le temps de la mise au propre.
À coup de fourche, le lad remplit sa brouette à barreaux. Là aussi, c’est une technique à maîtriser ! La disposition du départ détermine votre capacité à finir dans les temps. Parce que les deux ou trois boxes, il faut être capable de les faire en une quarantaine de minutes. Une pyramide qui s’écrase au beau milieu du barn et c’est un travail double à effectuer sous les énervements du reste de l’équipe qui doit attendre que le fautif libère le passage qui permet les allers et venues. Les allers-retours trop fréquents vont entacher la rapidité de l’exercice. La clé est d’être capable d’avoir vidé son box sur sa brouette, avant de vider sa brouette à la fumière puis en revenant d’enlever un carré de paille neuve afin de relâcher son cheval dans un box tout neuf où il pourra se rouler et se gratter sans risquer de se faire mal. Il faut donc être précis, savoir disposer ses tas de fumier en carré pour pouvoir monter une brouette parfois plus grande que l’homme. C’est là où l’avance prise par l’apprenti lad est importante. Sans celle-ci, il n’a aucune chance de rivaliser. Dans ce monde, à tous les étages, l’expérience prévaut. Et comme les courses sont intemporelles, même si les hommes se sont assagis, qu’il n’est plus possible de sanctionner comme il en était possible dans le temps, petits ou grands, maigres ou gros (bien que dans le métier le poids reste un critère de sélection), expérimentés ou novices, chaque tâche est répartie équitablement et il faut être en mesure de la réaliser en temps et en heure à la (semi) perfection.
Une fois les boxes finis, le fumier vidé à la fumière, les brouettes et fourches rangées, il faut encore balayer ce qui est tombé pendant les trajets de chacun sur l’allée. C’est alors un bal de lads, chacun équipé d’un balai de bambou, qui parfait le sol, dans un nuage de poussières, afin de redonner à l’allée du barn sa splendeur d’antan. Pendant ce temps, l’apprenti lad charge sa brouette de foin, aidé par deux de ses collègues afin de remplir sa brouette au maximum. Tellement remplie qu’on ne le voit plus une fois qu’il la porte. Il dispose ainsi, devant chaque porte un carré de foin pour chaque cheval. Les derniers coups de balais sont donnés, l’allée est parfaitement propre, pas un brin de foin ou de paille ne dépasse.
Vient alors l’heure de donner le mash* aux chevaux. Ceux qui sortent au dernier lot, ou qui sont en convalescence ont une alimentation un peu différente. Un mash leur est alors préparé, et les lads s’activent afin de remplir leur seau et d’apporter la ration aux chevaux désignés, sous les ordres du premier garçon. C’est seulement après cette dernière étape qu’un peu de repos leur est accordé. La première heure a été éprouvante. Il fait encore frais dehors, les premières lueurs du soleil commencent à transpercer la brume du matin. Il est 7h.
Entre-temps, le premier garçon s’est occupé d’apporter les premiers soins aux chevaux et de vérifier les membres de chaque pensionnaire de l’écurie, à l’affût pour détecter la moindre anomalie sur ces athlètes aussi majestueux que fragiles. Une pause de quinze minutes et pas une de plus est accordée à tous. Enfin tous les salariés. L’apprenti lad, et s’il est accompagné d’un ou deux autres apprentis, va s’atteler aux corvées, vider la machine de la veille, celle qui a servi à nettoyer les bandages des chevaux, les torchons, couvertures et autres vêtements. Pour lui, ce sera quinze minutes afin de tout étendre, ramasser le linge propre, le plier et le remettre à sa place afin que chacun puisse se servir au moment venu. 7h15.
La première heure de travail aura été dure. Le poids, la vitesse d’exécution, la charge de travail, l’enchaînement des tâches à accomplir, tout cela pour un maigre petit homme de 15 ans. Mais c’est le prix à payer pour un jour, peut-être, devenir jockey.
La cloche sonne, c’est l’heure d’aller voir la liste afin de connaître les quatre ou cinq lots du jour, recevoir les ordres du premier garçon concernant les couvertures à mettre pour le premier lot et les particularités de protection de chacun… c’est le début du premier lot, celui où l’on sort normalement les bons chevaux, celui où l’on sort dans la légère brume persistante, où l’on entend seulement les sabots des chevaux taper le sol, où l’on voit les fumées sortir des naseaux des Pur-Sang en plein effort, celui où l’on découvre dans une atmosphère si particulière la nature au réveil.
À suivre…

*Breeches : pantalon spécial utilisé la plupart du temps pour monter les chevaux de courses.
*Premier garçon : bras droit de l’entraîneur, il permet le relais entre les employés et le patron et supplée ce dernier lors de ses absences.
*Mash : mélange de céréales cuites dans une grande quantité d’eau et qui prend l’aspect d’une soupe épaisse afin d’offrir aux chevaux une alimentation plus facile à digérer, à effet reconstituant.
