Christophe Pieux
C’est la légende vivante de l’obstacle.
Le seul jockey de l’histoire des courses françaises à être statufié de son vivant, l’homme aux 15 cravaches d’or.
Considéré comme le plus grand de tous les temps, Christophe Pieux a marqué les esprits.
Au côté de Jacques Ortet pendant la plus grande partie de sa carrière, il s’installera à Paris peu avant de raccrocher les bottes.
Il aura, au cours de sa carrière, connu bien des entraîneurs, comme Guillaume Macaire, mais avec qui le courant aura du mal à passer, notamment avec sa monte peu académique pour un jockey d’obstacle.
Passant donc les deux tiers de son temps du côté du Pont Long, il va se construire une carrière longue de 35 ans et 2000 victoires remplie d’anecdotes toutes plus rocambolesques les unes que les autres.
Ce qu’a fait Christophe et ses 15 cravaches, seul Yves Saint-Martin a réussi à en faire autant en plat.
Avec sa façon de monter très court, à la manière du plat, il avait un équilibre bien particulier. En soi, Christophe Pieux n’a jamais rien fait comme tout le monde, alors évidemment, sa carrière ne pouvait pas débuter sans une petite anecdote.
En effet, c’est en 1987 que le crack jockey fait ses débuts, à Pompadour, un hippodrome qu’il connaît bien puisqu’il est de la région, mais où il n’a jamais monté encore, puisqu’il n’a d’ailleurs jusqu’à là jamais monté en course.
Le jeune Christophe, âgé de 19 ans, est alors propulsé sur Perlim, le grand favori, un anglo-arabe qui a déjà remporté deux éditions de ce grand cross et qui n’a plus de jockey, son jockey attitré étant tombé dans la course précédente et incapable de venir monter son cheval.
C’est donc au pied levé que Christophe se propose et remporte la course ! C’est un exploit qui en appellera beaucoup d’autres.
Comme ce jour où il remporte le Grand Steeple-Chase de Paris avec Remember Rose alors qu’après la réception du Gros Open Ditch il percute la lice, se sectionnant le tendon du pied, et faisant reculer sa selle.
Il se retrouvera alors à faire plus d’un tour entier de l’hippodrome, sautera le juge de paix et ralliera le poteau en tête avant d’être secouru, son pied remplissant sa botte de sang.
Montant peu dans la discipline du cross, il remportera tout de même le Grand Cross de Pau au pied levé également en 1997 en selle sur Line Lawyer.
Faisant l’unanimité auprès de tous les amoureux des courses, Christophe Pieux sera considéré comme le plus grand.
Il remportera un nombre incalculable de préparatoires au Grand Steeple, course qu’il remportera à 3 reprises, mais il raflera aussi tous les Groupes 1 et remportera, entre autres, 7 Grand Prix de Pau et 6 Ferdinand Dufaure !
David Cottin
Triple cravache d’or, il s’est classé deuxième à quatre reprises dans la plus belle course d’obstacle sans pouvoir la remporter.
En 10 ans de carrière, il remportera 41 courses de Groupe, avant de devenir entraîneur.
Retour sur la carrière du surdoué de l’obstacle: David Cottin.
Issu d’une famille de chevaux, avec un père entraîneur, il est à cheval dès son plus jeune âge. Ainsi, il écume la province pour concourir dans les courses de poneys en guise de formation pour devenir le génie de l’obstacle.
À 8 ans, il sautait déjà le passage de route du cross palois, ce qui vaudra une convocation chez les commissaires pour son père.
À 16 ans, il obtient sa licence de gentlemen et moins d’un mois après ses débuts, il remportera sa première course !
Ce sera grâce à Guillaume Macaire qui le mettra en selle sur Œuvre d’Art le 30 avril 2006.
À 18 ans, il remportera sa première cravache d’or ! La première des trois, sur une courte certes, mais intense carrière avec 12 Groupes 1 et pratiquement 800 succès !
En 2010 et 2012 il remportera le Grand Cross de Pau à deux reprises avec Malbereaux, le champion de son père. Il gagnera également le Grand Prix de Pau, Gr.III sur l’hippodrome du Pont Long, un meeting qu’il affectionne particulièrement.
En 2013 et 2014, il réalise le doublé avec Gemix dans la Grande Course de Haies d’Auteuil, un étalon qu’il promouvra une fois entraîneur et avec qui il continuera de gagner grâce à Le Berry. Ce sera également le compagnon de route de Blue Dragon, le crack de Guy Chérel et Magalen Bryant, lauréat de Groupe 1 dans les Prix Alain du Breil et Renaud du Vivier.
Hormis le Grand Steeple, David Cottin remportera tout sur son passage avant de devenir entraîneur.
Jonathan Plouganou
Aussi grand par le talent que par la taille, le jockey, c’est un véritable virtuose à cheval. « Cavalier » avant d’être jockey, preuve en est lorsqu’on regarde ses parcours de cross, désormais entraîneur, Jonathan Plouganou a marqué le vestiaire.
Très discret, préférant laisser parler le terrain, il obtient sa cravache d’or en 2013.
Venu lui aussi des Landes, il intègre dès ses 16 ans les pelotons de course en tant que gentlemen-rider (cavalier amateur).
Dès qu’il en sera autorisé, il rejoindra la colonne des professionnels, en devenant rapidement jockey indépendant.
Ainsi beaucoup lui feront confiance, comme le maître entraîneur Jean Paul Gallorini, mais aussi François Marie Cottin ou encore Jacques Ortet. Il sera également très souvent associé aux chevaux d’Emmanuel Clayeux.
Mais marqué par les problèmes de poids et les blessures, à l’image du 17 août 2015 à Dieppe, lorsqu’il se fracture le bras avec déplacement de l’humérus et écrasement du nerf (oui, rien que ça), il sera fréquemment sur la touche.
En l’espèce, ce sera près d’un an d’arrêt de courses pour cet accident.
Autre arrêt marquant qui sera certes un peu moins long (6 mois tout de même) en 2018 après une chute à Lyon-Parilly, mais sa grande taille ne l’aura assurément pas aidé dans sa carrière, au contraire…
Il aura donc souffert, mais c’est un dur, un de ces gars des courses qui bravent tout, la faim, le froid, les hivers, les chutes, les arrêts et bien sûr les chevaux.
À cheval, il émerveillera le public palois lors de ses sorties en cross du meeting.
Mais celui qui a remporté le Grand Cross de Pau, en 2009 et 2020 reste humble et discret.
Le cheval qui lui offre son Grand Cross en 2020, Easysland, sera le même avec qui il ira conquérir le Cross de Cheltenham quelques mois plus tôt, avant de triompher à Pau puis de nouveau à Cheltenham à l’occasion du festival au mois de mars !
Parmi ses consécrations, on peut parler du Prix de La Haye Jousselin Gr.I qu’il remportera avec Bipolaire, le crack de François Nicolle, cheval qu’il aura monté qu’à cette occasion et qu’il saura pourtant mener à la victoire.
Mais aussi du Grand Cross de Craon, Listed, et du Grand Prix de Pau, Groupe III.
Il y en aura bien d’autres, des belles victoires, que ce soit à Auteuil ou dans les plus petits hippodromes, à l’occasion d’une course de haies ou d’un cross avec un cheval de réclamer ou de Groupe 1 !
Respecté et reconnu par ses pairs, admiré par beaucoup, il laissera assurément une trace et est aujourd’hui un exemple pour de nombreux jeunes qui se lancent dans le métier.
Bertrand Lestrade
Président de l’association des jockeys, qui a pour but entre autres d’accompagner les jockeys, pendant leur carrière et même après, et de manière plus générale dans la défense de leurs intérêts, Bertrand est également une présence importante dans les instances pour porter la voix de ces acteurs hors du commun dans cette association qui a pour but sur le terrain d’apporter son expérience sur les hippodromes, notamment en prévention de certains parcours accidentogènes, conseiller sur un obstacle… etc
Le quadruple cravache d’or, entre 2015 et 2019, fait partie de ceux qui veulent porter les courses, amener un nouveau sens, une idée neuve afin de faire aimer ce sport et évoluer les mentalités.
Impliqué donc dans son métier en assurant la représentation des jockeys, il le fait aussi dans son activité personnelle.
Et cela passe par ses nouveaux choix de carrière depuis quelques temps maintenant, en intégrant de manière plus importante l’entraînement spécifique physique dans sa préparation aux courses.
Un nouveau train de vie donc puisqu’il aborde son métier de jockey désormais plus avec un œil de sportif et va dans le sens d’une préparation physique en dehors du cheval pour trouver des performances optimales en courses, ce qui résonne comme une évidence dans le milieu sportif, mais bien moins dans le milieu des courses hippiques.
Mais il ouvre une voie. Une nouvelle fois.
Né à Marseille, il débarque dans le sud-ouest, très jeune, en s’installant avec ses parents au pied des Pyrénées, à Bagneres de Bigorre et découvre le poney, en s’inscrivant au centre équestre, à l’âge de 9 ans. C’est le coup de foudre.
Il suit ainsi la voie classique du concours hippique et rêve de devenir cavalier international de CSO.
Mais ce rêve a un coût. De plus, son physique le prédestine plus à une carrière de jockey.
Il va donc dévier vers les courses et entrer à l’afasec de Mont de Marsan.
Son premier patron, devenu son ami, se nomme François Rohaut. Le jeune Bertrand s’y plaît, mais mais rattrapé par le poids, un nouveau rêve s’effondre. Le plat ce sera impossible, alors c’est une remise en question qui s’impose. L’amour des chevaux va le faire continuer, ou du moins essayer. Et c’est chez Thierry Lemer à La Teste, qu’il va sauter pour la première fois. Le premier essai ne sera pas évident, mais il va décider de poursuivre l’aventure. Et alors, celui qui était prêt à s’engager dans l’armée, va désormais s’engager dans l’obstacle, au fond il y a quand même pas mal de similitudes entre la discipline et la vocation.
Son amour pour l’obstacle va venir ainsi progressivement. C’est d’abord l’amour pour le cheval et la réussite qu’il va avoir rapidement qui va lui permettre d’apprécier la discipline à sa juste valeur. Dans les faits, cela se traduit par un passage rapide de quelques mois chez Jacques Ortet avant de répondre à l’annonce de Guillaume Macaire dans les petites annonces du Turf, qui recherche un « apprenti jeune jockey »
Entre les deux hommes, la connexion est directe. Bertrand passera onze années dans l’écurie Macaire (entrecoupée d’une petite année)
Il y fera la connaissance de beaucoup de bons chevaux, dont entre autres, le regretté As d’Estruval promis à une victoire de Grand Steeple-Chase de Paris, le déménageur Goliath du Berlais, la talentueuse Whetstone, le guerrier Storm Of Saintly, ou encore Bel la Vie qui lui offrira son premier Groupe, son premier Groupe 1, et son premier Grand Steeple (à 23 ans), le cheval d’une vie !
Mais les choses évoluent, les vies et les envies, et même s’il n’a rien à prouver, devenir jockey free-lance est l’occasion de prouver qu’il n’est pas que le finisseur de Guillaume Macaire.
Suite à sa séparation avec le maître royannais, il va s’entourer d’un agent qu’il connaît bien, Giovanni Laplace, agent avec qui il avait déjà travaillé par le passé.
Rapidement, Giovanni va lui dénicher un cheval qu’il a vu passer et dont il en pense le plus grand bien: Docteur de Ballon.
Même si la première association s’avère un peu bancale, l’entourage décide de lui faire confiance, et bien leur a pris puisque l’homme et le cheval vont former un duo magnifique.
Ainsi, ensemble, ils vont enlever le Grand Steeple 2020 puis La Haye Jousselin six semaines plus tard.
Un bel exploit déjà d’être capable de remporter les deux Groupes 1 en si peu de temps. Mais ce sera encore plus fou lorsque l’année d’après, ils vont être capables d’aller chercher le Grand Steeple à nouveau, enchaînant ainsi un triplé que peu ont réussi à réaliser !
Soutenu par les plus grandes casaques, dont la famille Papot qui l’a toujours suivi, Bertrand Lestrade fait partie désormais de ces jockeys de grande classe, qui durent au plus haut niveau, et qui sont appelés pour les grands événements années après années…
FÉLIX DE GILES
Il vient de gagner son premier Groupe 1 avec Juntos Ganamos dans le Prix Ferdinand Dufaure le 21 mai dernier. Virant en tête juste avant la fermeture d’Auteuil à la lutte avec le double lauréat du Grand Steeple Chase de Paris, Johnny Charron. Il a depuis, et malgré sa récente mise sur la touche d’un petit mois, due à une mauvaise chute, pris le large pour se retrouver largement en tête de la liste du classement des jockeys, pour certainement signer dans quelques semaines sa première cravache d’or.
Avec un père entraîneur de chevaux, c’est tout naturellement qu’il débute très tôt à cheval sur les poneys de la ferme familiale. Et dans la pure tradition anglaise, c’est à la chasse qu’il fait ses premières classes, avant d’écumer les concours de saut d’obstacles, de complet et de cross anglais.
Puis ce sont vers les courses que Félix se dirige. Il prend d’abord sa licence de gentleman rider (jockey amateur), puis, ses 18 ans révolus, il prend sa licence professionnelle et intègre l’effectif de Nicky Henderson, un top entraîneur anglais.
Mais désireux de découvrir les courses françaises, il profite de l’été 2014 pour venir voir, après une trentaine de gagnants sur le sol britannique, la méthode française.
Félix atterrit chez Yannick Fouin au début de l’été pour le terminer chez Emmanuel Clayeux.
Et on peut dire qu’il s’adapte très vite au style français, en attestent ses statistiques: 40 fois à l’arrivée en 55 montes.
Mais les courses anglaises sont de retour et le jockey anglais repart, pour quelques mois.
En 2015, il fait son retour, chez Emmanuel Clayeux avec qui le contact passe facilement. Les deux hommes s’entendent et les résultats sont de nouveau très bons. Mais Félix écume pour l’instant la province, il remporte des petites courses, et c’est suite au malheureux accident de Jonathan Plouganou, alors premier jockey pour l’entraîneur de Vaumas, que Félix va définitivement s’installer en France et plus précisément en Auvergne après avoir remporté près de 250 victoires outre-manche. Il devient ainsi le premier jockey de l’écurie Clayeux.
D’années en années, le duo n’arrête pas de progresser et d’afficher un taux de réussite croissant. Il s’entoure également d’un agent, Benoît Gicquel, un ancien jockey, formé par Guillaume Macaire, devenu agent (et aujourd’hui racing manager de l’écurie Souede/Munir).
Ensemble, ils vont gravir les échelons du classement français. Félix a besoin d’augmenter ses montes, certes, mais lorsque l’on compare avec son taux de réussite, celui-ci ne bouge pratiquement pas. Il faut dire que le Britannique est cavalier avant d’être jockey.
Il pratique toutes les disciplines, des haies au cross, il sait juger ses chevaux et monte toujours en délicatesse. Pour le voir dans ses plus belles œuvres, il suffit de le suivre à Pau. En une réunion, chacun aura compris l’ascension de ce jockey.
Il conduira notamment Uniketat dans son triomphe dans le Grand Cross 2021.
Et malgré les accidents, qui font partie intégrante de la vie d’un jockey d’obstacle, dont un terrible, où il va se retrouver pratiquement défiguré.
Qu’importe, il se relèvera. Après une longue convalescence, il revient de nouveau.
Même si depuis deux meetings maintenant, l’association avec Emmanuel Clayeux n’est plus, Félix est très souvent demandé. C’est ainsi que David Corttin va lui permettre de remporter son premier Groupe 1 au printemps dernier, et qu’il file tout droit vers une première cravache d’or, une juste récompense pour l’Anglais de 33 ans désormais.

