À la veille du plus important week-end de l’année pour le monde hippique français, nous avons préparé une édition spéciale « ARC ». Zarkava, Enable, Trêve, Urban Sea, Sea Bird II… bien des chevaux présentés dans nos épisodes précédents peuvent se targuer d’avoir remporté la prestigieuse épreuve. Mais aujourd’hui, on va s’intéresser aux chevaux de légende qu’à une seule condition: qu’ils aient remporté l’épreuve reine.
En plus des chevaux, on a décidé d’y associer l’entourage, afin de mettre en lumière propriétaires, entraîneurs et jockeys qui ont brillé dans l’épreuve mais qui ont également eu une carrière remarquable. Le point commun de tous ceux qui seront cités, Hommes et chevaux, sera donc d’avoir remporté l’Arc à au moins une reprise et souvent bien plus… Lumière sur ceux qui ont inscrit leur nom à cette prestigieuse affiche et qui ont participé à alimenter son histoire.
PEINTRE CÉLÈBRE
Sous l’entraînement d’André Fabre, seul entraîneur à avoir remporté à huit reprises la compétition, deux fois plus que Charles Semblat, François Mathet ou Alec Head, qui occupent tous trois la deuxième place au classement de la course, Peintre Célèbre porte la casaque Wildenstein et est associé tout au long de sa carrière à Olivier Peslier pour la famille propriétaire qui compte 4 victoires dans la course.
Vainqueur pour ses débuts dans le Prix des Roches Noires, un maiden pour poulains, au mois d’août de ses deux ans, il est engagé directement dans un Groupe 3, le Prix des Chênes à Longchamp, où il ne peut faire mieux que troisième. Ce seront ses uniques sorties à deux ans.
A 3 ans, il retrouve Longchamp, au mois d’avril 1997, pour remporter le Prix Greffulhe Gr.II, pour sa première sur plus de 2000 mètres. Un mois et demi plus tard, il découvre Chantilly pour le Prix du Jockey Club Gr.I qu’il remporte avec deux longueurs d’avance. Doté d’une accélération fracassante, le poulain fait grosse impression. Dans le Grand Prix de Paris au mois de juin et pour sa troisième sortie printanière, il réitère sa performance et passe le poteau avec deux longueurs d’avance à nouveau pour s’octroyer un deuxième Groupe 1 et garder son invincibilité à 3 ans.
L’objectif est désormais clair: le poulain vise le Prix de l’Arc de Triomphe. Il revient donc le 14 septembre pour préparer son objectif. Avec 5 partants, c’est une sortie publique idéale afin de s’assurer que tout va bien. Mais malgré le faible nombre de partants, la course va se révéler cauchemardesque. Enfermé tout le parcours, Peintre Célèbre n’a d’autres choix que de subir la course. Il s’incline d’une encolure, arrivant trop tard, après avoir trouvé un petit trou de souris à quelques mètres du poteau. Piégé par ses adversaires mais en forme et prêt pour la belle, le magnifique alezan au changement de jambe foudroyant est confirmé dans l’Arc. Le grand jour, il s’élance des stalles et se place rapidement à la corde, bien au chaud à mi-peloton. Durant la course, il ne fait aucun effort et se laisse porter jusqu’à la ligne droite finale. À 400 mètres du poteau, lorsque chacun tente d’accélérer, les espaces se font et c’est le moment que choisit Olivier Peslier, son fidèle partenaire, pour décaler. Peintre Célèbre vient ainsi en progression et place son changement de jambe dévastateur, qui pour le coup laisse sur place ses adversaires. Il remporte la course avec cinq longueurs d’avance.
Auréolé d’un 62 de valeur à l’issue de la course, il reçoit le titre de meilleur cheval européen de l’année et de meilleur 3 ans. La FIAH (Fédération Internationale des Autorités Hippiques au galop) lui accordera un rating de 137, lui qui signe un nouveau record de la piste avec un temps de 2’24″60. Sur ses 7 sorties, il sortira vainqueur à 5 reprises et remportera 3 Groupe 1. Malheureusement, victime d’une sérieuse blessure, il ne pourra plus être revu en course. Il termine tout de même millionnaire en seulement 7 sorties, témoignage d’un cheval d’exception avec un compte en banque riche d’1 256 180€ de gains !
ALLEZ FRANCE
Avant Peintre Célèbre déjà, la casaque bleue avait brillé sur la plus belle course du monde, grâce à Allez France. Née aux États-Unis, elle débute sa carrière sous l’entraînement d’Albert Klimscha et la monte d’Yves Saint-Martin, le détenteur de 15 Cravaches d’Or et quatre fois vainqueur de l’Arc.
La lecture de la musique d’Allez France surprend à chaque ligne. Gagnante pour ses débuts à 2 ans, la fille de Sea Bird est lauréate de Groupe 1 dès sa deuxième sortie à l’automne 1972 dans le Critérium des Pouliches Gr.I. Puis l’année suivante, elle se classe trois fois première de Groupe 1, faisant sienne la Poule d’Essai des Pouliches, le Prix de Diane et le Prix Vermeille, mais échoue dans sa première tentative dans l’Arc le 7 octobre 1973, terminant deuxième d’une édition à 27 partants. Puis deux semaines plus tard, elle se classe de nouveau à la deuxième place dans les Champions Stakes, un des plus prestigieux Groupe 1 en Angleterre.
L’année suivante, année de son sacre dans le Prix de l’Arc de Triomphe, elle sera invaincue. Passée sous la houlette d’Angel Penna, elle signe cinq victoires en cinq courses et trois Groupe 1, dont le plus beau de l’année ! C’est ainsi qu’à 4 ans elle enchaîne le Prix d’Harcourt Gr.III, le Prix Ganay Gr.I, le Prix d’Ispahan Gr.I, le Prix Foy Gr.III préparatoire à l’Arc puis la belle le 8 octobre 1974 ! Fait rare déjà à l’époque, elle reste à l’entraînement à 5 ans pour tenter un deuxième sacre. Elle sera battue, se classant que 5e mais aura tout de même remporté le Prix Ganay pour sa rentrée et pour signer un doublé dans le premier Groupe 1 de l’année en France. Elle remportera ensuite le Prix Dollar et le Prix Foy labellisés Groupe 2 et Groupe 3. Cinquième donc dans l’Arc, l’année d’un premier sacre pour l’Allemagne avec Star Appeal, Allez France tentera de nouveau sa chance dans les Champions Stakes se classant de nouveau deuxième.
Jument exceptionnelle, aux aplombs douteux mais aux origines certaines, Daniel Wildenstein n’aura pas hésité à aller chercher cette incroyable jument au beau milieu de l’Amérique. Pari gagnant pour un homme qui aura en 23 ans remporté trois « Arc ». Allez France sera élue meilleure 2 ans de l’année en France, meilleure 3 ans de l’année en France, jument de l’année en France à 4 et 5 ans et cheval de l’année en France en 1974.
DALAKHANI
Propriété de son Altesse Aga Khan, ce magnifique gris a des origines princières. Fils de l’exceptionnel étalon Darshann, sa mère Daltawa a déjà produit un vainqueur de Groupe 1. Dirigé par Alain de Royer-Dupré et monté par le jeune fougueux, âgé à l’époque de 20 ans, Christophe Soumillon, Dalakhani connaît une réussite digne de son pedigree. Victorieux pour ses débuts, Dalakhani passe par le Prix des Chênes Gr.III avant d’enlever le Critérium International, son premier Groupe 1, à Saint-Cloud, dans un terrain plus que pénible, face à un anglais, où il se montre lutteur et lui permet de signer la fin de son année de deux ans invaincu.
À 3 ans, il fait sa rentrée dans le Prix Greffulhe Gr.II pour sa première sur une distance de 2000 mètres et plus. Il remporte avec facilité cette première étape. Trois semaines plus tard, il enlève le Prix Lupin, son premier Groupe 1 ! Il enchaîne ensuite avec le Prix du Jockey Club Gr.I, comme son père 19 ans plus tôt. Tous les rêves sont permis désormais. 1600 mètres, 2100 mètres, 2400 mètres, terrain léger, profond, il supporte même la pression et court en se reprenant à chaque course ou presque avant le poteau tellement l’avance est considérable. Rendez-vous un mois plus tard au Curragh pour aller parader chez les anglais. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Les courses se courent avec beaucoup plus de rythme, Dalakhani va voir sa pointe de vitesse finale s’émousser, même si Christophe s’est attaché à préserver ses chances. Le cheval est battu par Alamshar, un autre représentant de la casaque de Son Altesse.
Place au repos désormais !
Puis c’est le classique Prix Niel Gr.II qui sert de rampe de lancement au Prix de l’Arc de Triomphe Gr.I. Dalakhani le remporte haut la main, tout en maîtrise. C’est maintenant l’heure de l’Arc. Ayant tiré le numéro le plus à l’extérieur, sa tâche s’annonce plus compliquée que prévu, mais son jockey a plus d’un tour dans son sac. Avec des chevaux d’une telle classe, il ne faut pas s’embarrasser. Dans la fausse ligne droite, il progresse tout à l’extérieur pour entrer dans la ligne droite dans les meilleures dispositions. Couchant les oreilles, il va chercher Mubtaker, le devançant d’une longueur au poteau et sacrant le cheval sur le toit du monde.
Après deux ans de carrière, 8 victoires en 9 courses, 5 Groupe 1 et plus de 2 millions de gains, il repart en Irlande pour une carrière d’étalon.
THREE TROIKAS
Achetée pour 41 000 Guinées aux ventes de Newmarket, Three Troïkas fut repérée par le père de Christiane, pour son entraînement et la casaque de Ghislaine, la mère de famille. Montée par Freddy, son frère, c’est une histoire de famille. Cadeau béni, Three Troïkas s’avère être une pouliche exceptionnelle, puisqu’elle remporte la Poule d’Essai des Pouliches Gr.I, le Prix Saint Alary Gr.I, le Prix Vermeille Gr.I et le Prix de l’Arc de Triomphe Gr.I dès l’année suivante l’installation de Criquette.
C’est en 1978 que débute la carrière de la pouliche fraîchement achetée. Lauréate pour ses débuts, fin novembre 1978, elle sera revue que cinq mois plus tard, à l’âge de 3 ans, dans le Prix Vanteaux, un Groupe 3, assez facilement. Deux semaines plus tard, elle confirme sa très bonne impression et épingle son premier Groupe 1 dans la Poule d’Essai des Pouliches. Puis 3 semaines plus tard, son deuxième Groupe 1, le « Saint-Alary » avant d’être battue dans le Prix de Diane Gr.I. Elle effectuera une rentrée dans le Prix Vermeille, qu’elle remporte avant de se présenter comme une sérieuse prétendante pour l’Arc. Parmi ses adversaires on craint un concurrent anglais, Troy, qui est impressionnant outre-Manche. Three Troïkas n’en fera qu’une bouchée et laissera ses rivaux à trois longueurs pour obtenir la valeur folle de 68,5. L’œil du père, la casaque de la mère, l’entraînement de la fille et la monte du frère, c’est donc une victoire de famille dans le plus beau des Groupe 1 !
C’est une entrée en matière fracassante pour la jeune entraîneur tout fraîchement installée. Criquette avait déjà un nom, mais désormais elle s’est faite un prénom et même un surnom ! En tout elle remportera trois « Arc ». Three Troïkas restera à l’entraînement l’année suivante. D’ailleurs, elle rentrera victorieusement dans le Prix d’Harcourt Gr.II. Ce sera sa dernière victoire. Elle se classera ensuite deuxième du Prix Ganay Gr.I derrière Le Marmot, concurrent qu’elle avait battu dans l’Arc. Three Troïkas suivra sa préparation mais ne pourra signer qu’une quatrième place dans l’Arc 1980. Après une dernière tentative fin octobre dans la réunion de la Breeders’ Cup et une dernière place, dans la catégorie Turf Classic, elle partira dans le Kentucky, la famille Head ayant conclu un marché avec un syndicat américain. Au haras, elle produira deux vainqueurs de Groupe 1, l’un en France, l’autre aux États-Unis.
André Fabre, Christophe Soumillon, Olivier Peslier, la famille Head, Son Altesse Aga-Khan, Daniel Wildenstein, Alain de Royer-Dupré, Éric Saint-Martin, tous ont marqué l’histoire de cette magnifique course.
Mention spéciale pour Frankie Dettori qui fera sa dernière apparition en tant que jockey sur l’hippodrome de Longchamp ce week-end. Toujours niché dans les bons coups, membre du Hall Of Fame des courses britanniques, il aura marqué au fer rouge l’histoire des courses. Détenteur du record de victoire de Groupe 1 dans le meeting deauvillais, c’est LE jockey qui aura marqué de par sa qualité mais également son excentricité les courses françaises et plus généralement les courses au niveau mondial. Toujours de la partie en France, il restera à jamais dans les mémoires. Détenteur de victoires dans le Prix de l’Arc de Triomphe, il devance Olivier Peslier de deux longueurs. Frankie tentera de décrocher un septième sacre dimanche en selle sur Free Wind !
On n’oubliera pas non plus de citer François Mathet ou encore Alec Head qui ont remporté à quatre reprises la course, Marcel Boussac qui partage la place de numéro 1 au classement des propriétaires avec l’Aga Khan et Khalid Abdullah, heureux propriétaire d’Enable qui nous a fait vivre une magnifique épopée, mais aussi et enfin Thierry Jarnet qui, à l’image de Frankie, s’est vu associé à une crack qui aura fait le doublé, Trêve, mais qui occupe également la deuxième place du podium à égalité avec 5 de ses anciens collègues.

