La fin des Wildenstein, Jacques Le Marois, Marquise de Sévigné et un doublé historique !

Jacques Le Marois

Propriétaire-éleveur, commissaire des courses de Deauville à partir de 1905 avant de devenir président en 1911, mais également membre de la Société d’Encouragement depuis 1907, Jacques Le Marois acquiert fin 1891 le Haras de Lonray où il connaîtra une très belle réussite, notamment avec son meilleur élément, Sauge Pourprée, une femelle, gagnante entre autres de la Poule d’Essai des Pouliches et 2e du Prix de Diane. À sa mort en décembre 1920, ses couleurs seront reprises par son fils et connaîtront une victoire de Groupe 1 dans le Prix Morny en 1966, grâce à Le Conquérant. Un joli clin d’œil pour celui qui s’est vu créer en son hommage une course de Groupe 1 du meeting estival à l’été 1921.

Portrait de Jacques Le Marois

Pour Deauville, Jacques Le Marois sera celui qui a prolongé la ligne droite de 200 mètres afin de pouvoir y courir en ligne droite sur des distances plus longues qu’auparavant. Il aura également été l’instigateur des nouvelles tribunes en août 1913, construites en briques à l’occasion du cinquantenaire de l’hippodrome.

Jean Prat

“La Société d’Encouragement, en perdant son doyen d’âge, est privée désormais d’un de ses conseillers les plus respectés. […] Il fut observateur de sa parole, fidèle dans ses amitiés, sincère et ferme dans ses convictions,” peut-on lire dans la notice nécrologique que lui a consacrée le journal hippique La Veine (6 janvier 1940), peut on lire sur le site de France Galop. C’est en 1940 que le nom Jean Prat a été attribué à deux épreuves distinctes selon les conditions. Mais les nombreuses confusions ont amené à faire la distinction entre l’épreuve réservée aux 3 ans, qui gardera le nom originel, et celle des 4 ans et plus, qui est devenue le Prix Vicomtesse Vigier.

Propriétaire-éleveur, membre de la Société d’Encouragement en 1903, il fut également commissaire mais a surtout fait preuve d’un service exemplaire, notamment en prêtant pendant la Première Guerre mondiale à la Société d’Encouragement (ancêtre de France Galop) les sommes nécessaires à l’organisation des épreuves de sélection pendant la période de 1916 à 1918 en contrepartie de 5% d’intérêts. Homme de cheval, Jean Prat possédait son haras à Lessard Le Chêne près de Lisieux. Il remportera de nombreuses courses, dont les Oaks d’Epsom, le Prix du Cadran, la Poule d’Essai, mais aussi le Prix du Jockey Club et le Grand Prix de Paris, avec Magister, un cheval né dans son haras!

La famille Niarchos

Il y a quelques mois, les courses ont assisté à un séisme après l’annonce de la mise en vente du haras de Fresnay Le Buffart. Alan Cooper, manager de l’écurie, a justifié leur décision : “C’est émouvant pour la famille de dire au revoir à Fresnay, mais, comme nos intérêts en matière de course et d’élevage ont évolué, nous avons maintenant des chevaux dans de nombreux endroits, ce qui en fait la bonne décision pour nous en ce moment.”

Electra Niarchos (a droite) tient désormais les rênes de la famille

Stávros Niárchos, riche homme d’affaires, navigateur et collectionneur, a marqué le paysage hippique depuis la fin des années 70 en France. Passionné des courses depuis les années 50 en Angleterre, propriétaire en Irlande, il s’installe en France en 1979 lorsqu’il acquiert à Marcel Boussac le haras de Fresnay le Buffard. Tête de liste des propriétaires en 1983 et 1984, sa réussite sur la piste s’est traduite par un élevage reconnu et des chevaux vainqueurs de Groupe 1 à travers le monde comme Miesque, Study of man, Divine Proportions, Kingmambo, Alpha Centauri ou encore Six Perfections… En France, c’est François Boutin qui aura la charge des chevaux de la casaque. À son décès, ce sera Pascal Bary qui reprendra les rênes, lui qui brillera avec Study of Man, vainqueur du Jockey Club (Gr.I) en 2018. L’implication dans les courses françaises sera aussi morale avec le sponsoring du “Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard – Jacques Le Marois” depuis 1986, l’un des six Groupes 1 qui se court durant le meeting deauvillais, “ce qui en fait l’un des plus anciens partenariats français”, dixit Jour de Galop. Deauville donc, où la casaque a brillé à 21 reprises, dont 9 Prix Jacques Le Marois, course sponsorisée par la casaque, mais aussi 5 Prix Jean Prat, 4 Prix Morny et 3 Prix Maurice de Gheest. Ainsi, la famille Niarchos aura durant 44 années fait partie intégrante des courses hippiques françaises, tant dans leur implication que pour leur succès sur la piste.

La casaque Wildenstein

La semaine dernière s’est éteinte la casaque centenaire Wildenstein avec le rachat de l’effectif par les frères Wertheimer. Famille d’art la plus puissante du monde, c’est Georges, le père de Daniel, qui est à l’origine de cette épopée, lui qui acquiert pour débuter deux poulains et une pouliche de 2 ans. Très vite, il va trouver le chemin de la victoire, à la fois en plat mais également à l’obstacle. Au fur et à mesure du temps et grâce à de bons achats aux ventes, les victoires se multiplient et Georges prend la décision de développer un élevage. Mais rapidement, étant juifs, ils sont obligés de quitter la France au début de la Seconde Guerre mondiale pour rejoindre les États-Unis.

Quelques années plus tard, une fois le conflit terminé, les Wildenstein vont reprendre leurs occupations, avec les courses en premier plan. Georges doit alors penser à une succession et va laisser progressivement la main à son fils Daniel, qui va appliquer son ambition de faire grossir la casaque. Ainsi, après quelques années d’investissement financier et personnel, en 1973, la casaque croise la route de celle qui deviendra certainement la meilleure pensionnaire de la famille: Allez France. Achetée yearling en 1971 lors d’une vente aux États-Unis, elle sera nommée cheval de l’année à 2, 3, 4 et 5 ans et offrira à ses propriétaires un premier Prix de Diane le 10 juin 1973.

Daniel, Guy et Alec Wildenstein

Puis jusqu’en 1978, ce seront les années fastes de la casaque avec de nombreuses victoires, des doublés improbables, des réalisations inédites et des chevaux au grand cœur comme Pawneese, Flying Water ou encore Madelia qui réalisera le triplé Poule d’Essai – Saint Alary – Diane. Suivront quelques années plus tard d’autres chevaux stars, dont Peintre Célèbre en 1997, qui réalisera le doublé Prix du Jockey Club – Prix de l’Arc de Triomphe, lui qui est lauréat de trois Groupe 1, remportant tous les Groupe 1 qu’il a couru et vainqueur de 5 courses en 7 sorties (2e du Prix Niel Gr.II et 3e du Prix des Chênes Gr.III).

Mais ces victoires ne rassasient pas la famille et Daniel décide au printemps 2001 de retirer les chevaux de l’écurie d’André Fabre pour les placer chez Élie Lellouche. Ce sera également la première rupture de contrat avec Olivier Peslier. Dominique Bœuf sera rappelé. Ainsi, le nouveau trio triomphera avec Aquarelliste dans le Prix de Diane, certainement le Prix le plus cher aux yeux de la famille. Et comme en 1976-1977, elle va réaliser le doublé en 2001-2002 avec Bright Sky quelques mois après le décès de son propriétaire Daniel.

Son fils, Alec, reprendra sa succession et continuera de faire briller la casaque jusqu’en 2012. En 2016, la famille revend près de 100 chevaux, issus de l’élevage et de l’écurie, aux ventes Goffs irlandaises. Mais ce premier coup de massue ne signe pas un coup d’arrêt. Guy, l’autre fils de Daniel, va continuer d’élever et de faire courir sous la casaque Dayton Investment LTD. 20 ans après, Pensée Du Jour tentera en vain de regagner pour la casaque dans le Prix de Diane, elle qui est une descendante lointaine d’une certaine Pawneese…

Le maître cantilien: André Fabre

Personnage controversé, notamment à cause de son mutisme avec les médias, accessible pour d’autres sur les hippodromes, ses choix de jockeys et son intérêt pour le sobre et l’efficace, André Fabre fait partie des tops entraîneurs français ayant marqué l’histoire ! De toute évidence, son palmarès fulgurant n’est pas prêt de s’estomper et même si le maître cantilien est “plus proche du tombeau que du berceau”, pour reprendre une expression de Guillaume Macaire, on assiste grâce à sa longévité à une véritable légende vivante des courses.

André Fabre voit le jour le 9 décembre 1945. Fils de diplomate, il fera des études de droit avant de se lancer dans une carrière de jockey. Avec 250 victoires en courses, dont le Grand Steeple-Chase de Paris en 1977 avec “Corps à Corps” pour l’entraînement d’un autre maître de l’époque, André Adèle, il montre déjà une certaine qualité d’homme de cheval. Dès l’année suivante, il s’installe en tant qu’entraîneur, en obstacle d’abord, où il va remporter quatre Grands Steeple-Chase de Paris Gr. I et un Prix Alain du Breil, Groupe 1 sur les haies pour 4 ans. Puis c’est le plat. Les meilleurs se l’arrachent, parmi eux, Al Shaqab, la casaque Wildenstein, la famille Wertheimer et depuis de longues années maintenant la casaque bleue, toque bleue de l’Émir de Dubaï…. Côté palmarès, André Fabre détient le record de victoires dans le Prix de l’Arc de Triomphe Gr.I, élue meilleure course au monde à plusieurs reprises, avec 8 succès. Un total de pratiquement 800 courses de Groupes remportées, et plus de trente fois tête de liste des entraîneurs. Seule ombre au tableau, ses quatre décennies de mutisme, mais ses chevaux parlent à sa place. Et ils le font partout dans le monde, car André Fabre compte des victoires à Hong-Kong, aux Émirats Arabes Unis, au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, en Irlande et au Royaume-Uni. La confiance de ses propriétaires est également inconditionnelle, avec chaque année des statistiques affolantes sur le nombre de deux ans à l’entraînement. “Jour de Galop” a relevé “81 chevaux de 2 ans au 12 mars 2023. En notant qu’il manque encore les yearlings de Coolmore et Ballymore.” Depuis le début de l’année, il fait l’objet de l’actualité hippique avec l’arrivée dans l’écurie de Bauyrzhan Murzabayev, le jockey kazakh. Il est vrai qu’il est compliqué de dire non au maître cantilien, et beaucoup de jockeys sont passés par la maison, parmi les plus célèbres: Cash Asmussen, Stéphane Pasquier, Olivier Peslier, Christophe Soumillon, Thierry Jarnet… Il a même “récupéré” Vincent Cheminaud, alors jockey d’obstacle pour Guillaume Macaire, qui venait tout juste de remporter le Grand Steeple-Chase de Paris. Ces dernières années, c’est Pierre-Charles Boudot qui formait la paire gagnante, raflant toutes les courses sur leur passage, jusqu’au Prix de l’Arc de Triomphe avec Waldgeist en 2019, en battant au passage Enable, double tenante du titre. Parmi ses chevaux marquants, on peut citer Peintre Célèbre, Carnegie, Lope de Vega, Persian King, Waldgeist, Rail Link, Ésotérique, Subotica… et tout dernièrement Marquise de Sévigné, pour la casaque d’Édouard de Rothschild, qui réalise pendant le meeting de Deauville le doublé Prix Rothschild Gr.I – Prix Jean Romanet Gr.I, un doublé qui n’avait jamais été réalisé ! Le talent d’André Fabre n’a aucune limite, et c’est le cas à Deauville avec plus de 21 victoires de Groupe 1, ce qui le place à une longueur de la famille Head (Alec, Freddy et Criquette) et donc, des exploits encore jamais réalisés auparavant !

À 77 ans, encore en activité, il possède un palmarès que beaucoup des meilleurs entraîneurs français n’ont pas réussi à avoir. Une longévité incroyable, peut-être suit-il la réplique fétiche de Jean-Paul Gallorini qui aimait dire qu’il pouvait entraîner pendant 100 ans. Qui sait ? Lui ne nous le confiera pas, mais il est important de garder en tête que cet homme de cheval est une vraie légende vivante qu’on a la chance, aujourd’hui encore, de voir à l’œuvre.

Gérald Mossé, une longévité a toute épreuve

À 56 ans, Gérald Mosse fait de la résistance. Sur la piste, c’est même plus que de la résistance pour celui qui a remporté son “Arc” en 1990 avec Saumarez. Débutant en 1983, il va vite se démarquer et est engagé par François Boutin pour monter les chevaux de l’écurie Lagardère. Partenaire du crack Arazi en 1991, il part à Hong Kong avant de revenir en France en 1993 avec un contrat de première monte pour l’Aga Khan. Ainsi, il formera un trio de choc avec Alain de Royer-Dupré en charge de l’entraînement des chevaux du Prince. Dans les années 2000, il retournera à Hong Kong tout en restant actif en France pour les grands événements. En janvier 2022, il a obtenu sa licence d’entraîneur, de quoi continuer à écrire l’histoire des courses une fois sa (longue) carrière de jockey terminée. En plus de sa longévité, c’est sa constance et sa qualité qui lui permettent d’être encore sollicité par les entraîneurs. À Deauville, ce sont 12 victoires de Groupe 1 qu’il a remportées sur cinq des six proposés ! Seul le Prix Rothschild lui échappe encore, mais qui sait… peut-être le remportera-t-il dans les prochaines années !

Gérald Mossé

Olivier Peslier, l’autre cinquantenaire

Fidèle partenaire de l’incroyable Goldikova, Olivier Peslier est un autre résistant du peloton. Né en 1973 (50 ans) il dépasse à ce jour les 3500 victoires en courses et compte près de 118 Groupe 1 dont 4 Prix de l’Arc de Triomphe, 4 Breeder’s Cup, 2 Japan Cup et 1 Derby d’Epsom. En 2004, il signe un contrat avec les frères Wertheimer pour qui, il remportera 14 Groupe 1 en dix années de collaboration et connaîtront ensemble certainement la plus belle histoire avec la casaque, celle de Goldikova. Mais après ces dix années de réussite décision sera prise de se séparer en 2014. Maxime Guyon, encore sous contrat avec la casaque aujourd’hui, sera désigné comme premier jockey. Olivier Peslier c’est aussi le membre d’un cercle fermé ayant remporté plus de dix Groupe 1 à Deauville, avec en tout: 5 Prix Rothschild, 5 Prix Jean Prat et 3 Prix Jacques Le Marois.

Olivier Peslier portant la casaque Wertheimer

Marquise de Sévigné

Propriété d’Edouard de Rothschild, elle est la première à réalisé le doublé inédit Prix Rothschild – Prix Jean Romanet. Déjà à deux ans elle se classait 2e du Prix de Psyché Gr.III ici même à Deauville mais également 2e du Prix de la Nonette Gr.II.
Si jamais elle reste à l’entraînement elle risquerait de marquer l’histoire de l’hippodrome puisque c’est à Deauville qu’elle a réalisé ses meilleures performances !

Six Perfections

Triple lauréate de Groupe 1, elle a remporté en 2003 le Prix Jacques Le Marois deux semaines avant de se classer deuxième du Prix d’Astarte, devenu Prix Rothschild. Elle s’est classée deuxième l’année suivante lors de sa défense de son titre dans le Prix Jacques Le Marois, battue d’une longueur seulement. Cette jument de la famille Niarchos brillera jusqu’aux États-Unis où elle sera lauréate de Groupe 1, une sacrée publicité, s’il en fallait une, pour le meeting de Deauville.

Six Perfections

Quatre chevaux pour un doublé: Risk Me, Millkom, Vespone et Bago

En traversant les années, de 1987 pour le premier à 2004 pour le dernier, ces chevaux ont réussi à faire réitérer leur exploit d’une année à l’autre. Déjà, gagné un Groupe 1 est compliqué mais alors lorsqu’on arrive, comme c’est là cas, à faire le doublé et faire partie des 4 chevaux seulement ayant reproduit cet exploit dans un Prix créé il y a 83 ans maintenant, c’est tout bonnement exceptionnel et relève le niveau des Groupe 1 à Deauville !

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