L’hippodrome d’Auteuil, surnommé le temple de l’obstacle par tous les turfistes, entraîneurs, jockeys et autres personnes qui ont une expérience dans le milieu, a à lui seul, toute une histoire à raconter.

Considéré comme le seul hippodrome sur lequel il faudrait courir en obstacle par Bernard Sécly, il est l’unique hippodrome français d’obstacle à accueillir des Groupes 1. Ils sont au nombre de 9 et se courent quelque soit la spécialité, l’âge des chevaux et la distance sur l’hippodrome référence.
Les joutes du printemps, qui se courent dès le week-end du 20 et 21 mai prochain, ont pris naissance au fil du temps et de l’évolution des conditions de courses.
Ainsi, c’est le 25 mai 1874 qu’est créée la plus grosse attraction de l’obstacle : le Grand Steeple-Chase de Paris Gr.I. Ouvert au départ aux 4 ans et bien que fournissant seize vainqueurs, il leur sera fermé à partir de 1941.
Créé pour concurrencer le Grand National de Liverpool, il prendra durant les deux premières années le nom de Grand National de France, puis celui de Grand Steeple-Chase de Paris à la demande du conseil municipal de la ville qui participait dans la dotation du Prix. Aujourd’hui, l’épreuve se dispute sur 6000 mètres et est ouverte aux 5 ans et plus.
Le même jour est créée la Grande Course de Haie d’Auteuil Gr.I (5100 mètres) ouverte elle aussi aux 4 ans à ses débuts jusqu’en 1961, date à laquelle est créé le Prix Alain du Breil, Grande Course de Haies de Printemps des 4 ans qui se court sur 3900 mètres. Le pendant en Steeple est le Prix Ferdinand Dufaure Gr.I qui se court sur 4400 mètres, et est ouvert aux seuls 4 ans. D’abord créé pour se courir à l’automne, c’est en 1961 qu’il permutera avec le Prix Maurice Gillois Gr.I pour se courir au printemps.
C’est en 1873 qu’est créé l’hippodrome. L’architecte Walter Destailleur édifiera les tribunes longues de 75 mètres. Adolphe Alphand créera les allées qui seront par la suite transformées en jardin par le paysagiste Michel Pena. Ainsi, le 1er novembre 1873, Auteuil ouvre ses portes pour accueillir un peu plus de 4000 personnes venues assister aux trois courses de la réunion.
Installé sur une plaine de 36 hectares enserrée entre les fortifications ceinturant Paris à l’est et la butte Mortemart à l’ouest, le parcours va subir de nombreuses modifications, commençant par la création en 1874 du « huit » partageant l’hippodrome en trois pelouses. Dans le temps le public pouvait se rendre sur ces pelouses afin d’admirer le spectacle depuis « l’intérieur ». Sur cette nouvelle ligne se présentera « la rivière du huit » devenue « la plage d’Auteuil » en 2019, l’obstacle étant dangereux et très souvent critiqué par les différents acteurs. Ce parcours du huit est aujourd’hui souvent utilisé lors des parcours de steeple et notamment sur les 4400 mètres. C’est d’ailleurs le parcours qu’empruntent les 4 ans pour le Prix Maurice Gillois Gr.I.
La Première Guerre mondiale marquera un coup d’arrêt. L’hippodrome servira de pâturage. En 1924, seront construites les nouvelles tribunes, en même temps que la création du parcours extérieur et son Rail Ditch and Fence, surnommé le Juge de Paix.
La Seconde Guerre mondiale marquera un second coup d’arrêt. Cette fois-ci, on sacrifiera une piste afin d’y faire un parcours de plat jusqu’à la fin de l’occupation. Ce sera la seule fois où Auteuil accueillera des courses plates, après cet épisode il retrouvera sa vocation 100% obstacle.
Auteuil sera aussi l’un des premiers hippodromes à se mettre à l’heure des paris électroniques et dès la fin des années 70, plusieurs écrans de télévision seront installés afin d’afficher les cotes en temps réel.
C’est en 1971 que sera percé le tunnel qui traverse l’hippodrome et permet de rejoindre la Porte d’Auteuil. En 1975 un nouveau rond de présentation sera créé.
On notera que la seule œuvre à être restée sans aucune modification depuis le début est « la rivière des tribunes » qui n’aura subi aucun ajustement depuis l’ouverture de l’hippodrome. Véritable emblème, elle est aujourd’hui encore très prisée des photographes et un moment important dans le parcours où l’on peut sentir dans les tribunes la foule retenir son souffle à chaque fois que les concurrents l’empruntent.

Petite anecdote ! Les trois pelouses de l’hippodrome d’où l’on pouvait regarder les courses avant qu’elles ne deviennent des jardins portaient chacune un nom: Tonkin, Congo et Madagascar.
Les Groupe 1 de l’automne;
1880: Haye Jousselin, Steeple-Chase, 5500 mètres, 5 ans et plus.
1928: Grand Prix d’Automne, Haies, 4800 mètres, 5 ans et plus.
1941: Prix Maurice Gillois, Grand Steeple des 4 ans, 4400 mètres, 4 ans.
1942: Prix Cambacérès, Grande Course de Haies des 3 ans, 3600 mètres, 3 ans.
1961: Prix Renaud du Vivier, Grande Course de Haies des 4 ans, 3900 mètres, 4 ans.
